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Élections en Haiti : qui pourra faire campagne, qui pourra voter ?
Par Pierre Josué Agénor Cadet
À environ quatre mois du premier tour des élections annoncées par le gouvernement de facto, une question essentielle demeure encore sans réponse : Haïti peut-elle réellement organiser une compétition électorale nationale dans les conditions actuelles ?
La spirale de la violence des gangs, les routes bloquées, les kidnappings en série et le contrôle de vastes territoires rendent les déplacements de plus en plus dangereux. Dans ces conditions, comment les candidats, particulièrement ceux qui briguent la présidence, pourront-ils sillonner le pays, rencontrer les électeurs et défendre leurs programmes ?
Faudra-t-il disposer d’un hélicoptère pour pouvoir faire campagne dans certaines régions d’Haïti ?
Mais le problème est encore plus grave pour les électeurs. Comment un citoyen pourra-t-il se rendre aux urnes en toute quiétude lorsque les routes sont coupées, lorsque certaines zones sont contrôlées par des groupes armés et lorsque le déplacement lui-même peut devenir une aventure à haut risque ?
Une élection démocratique exige pourtant trois conditions élémentaires : que les candidats puissent circuler, que les électeurs puissent se déplacer et que chacun puisse voter librement, sans intimidation ni peur. Si ces conditions ne sont pas réunies, le risque est grand de transformer l’élection en une compétition profondément inégalitaire.
Certains candidats disposeront de moyens financiers, de réseaux politiques, de véhicules et peut-être même d’aéronefs pour contourner les obstacles. D’autres seront pratiquement confinés à quelques zones sécurisées. Pendant ce temps, des milliers d’électeurs pourraient être privés de leur droit de vote simplement parce qu’ils vivent dans des territoires devenus difficiles, voire impossibles, d’accès
Mais à qui profite une telle situation ?
La question mérite d’être posée sans détour. Si l’insécurité empêche certains candidats de faire campagne et une partie de la population de voter, les mieux organisés, les mieux financés et les mieux connectés aux centres de pouvoir ne partent-ils pas avec une longueur d’avance ?
Et surtout, que penser d’une compétition dans laquelle certains candidats pourraient bénéficier de l’appui direct ou indirect de groupes armés, de secteurs proches du pouvoir ou de grands intérêts économiques ?
Le danger n’est donc pas seulement de ne pas pouvoir organiser des élections. Le véritable danger serait d’organiser une élection dans laquelle les conditions de départ ne seraient pas les mêmes pour tous.
À quatre mois du scrutin, Haïti doit donc répondre à trois questions simples, mais fondamentales : qui pourra faire campagne ? Qui pourra voter ? Et, dans ces conditions, qui aura réellement les moyens de gagner ?
Car si les gangs contrôlent le terrain, si l’argent contrôle la campagne et si le pouvoir contrôle les règles du jeu, peut-on encore parler d’une véritable compétition démocratique ?
Pierre Josué Agénor Cadet
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