lundi 11 mai 2026
Société

Citadelle Henri : un site déserté, entre deuil et ombre

LR
La Rédaction
Équipe éditoriale · 15 avril 2026
Par Gérard Maxineau « Ce n'est plus la même citadelle. Depuis samedi, tout a changé ». 72 heures après le drame survenu à la Citadelle Laferrière, le site historique est à l’arrêt total. Aucun visiteur, aucune visite guidée : la forteresse, habituellement fréquentée, est aujourd’hui plongée dans un silence pesant, reflet du choc qui secoue encore la commune de Milot. Dans les environs, les habitants continuent de commenter avec émotion les événements tragiques du samedi 11 avril. « On ne peut pas croire ce qui s'est passé. C'est comme dans un rêve », confie un riverain, encore sous le choc. Le bilan provisoire fait état d’au moins 25 morts et de plusieurs dizaines de blessés. La catastrophe, survenue lors d’une activité non autorisée, s’est produite dans un contexte de forte affluence et de conditions météorologiques difficiles. Plusieurs témoins rapportent qu’il pleuvait abondamment ce jour-là au niveau du Bonnet-à-l’Évêque, où se trouve la Citadelle.  L’ambiance festive initiale, rythmée par le rabòday et les bandes de rara, a rapidement viré au chaos. « Il y avait trop de monde, bien au-delà de la capacité du site », explique un participant. « Quand la panique a commencé, tout le monde cherchait à sortir en même temps. » Depuis, la peur et la tristesse dominent. À Milot et dans le reste du département, plusieurs familles sont en deuil, tandis que d’autres suivent encore l’évolution de leurs proches blessés. À l’hôpital Sacré-Cœur, les équipes médicales ont été débordées dans les heures ayant suivi le drame. Face à la gravité de la situation, la mairie de Milot a dû annoncer une série de mesures. Un congé a été décrété pour toutes les institutions scolaires, publiques et privées de la commune, du lundi 13 au mardi 14 avril 2026, afin de permettre une meilleure gestion de la situation. Par ailleurs, le bicolore haïtien a été mis en berne en signe de deuil. Sur le plan judiciaire, les autorités ont intensifié les investigations. Plusieurs personnes ont été interpellées, dont des agents de sécurité municipaux et des employés affectés au site. Le maire de Milot, Wesner Joseph, a été placé en garde à vue dans le cadre de l’enquête. Dans le même temps, le directeur départemental de l’Institut de sauvegarde du patrimoine national Neat Achille a été démis de ses fonctions et est activement recherché par la justice après avoir été « libéré » dans des circonstances controversées par un agent de police, selon des sources concordantes. « Il y a encore beaucoup de zones d’ombre. Toute la chaîne de responsabilités doit être établie », confie une source proche du dossier. Le rapport préliminaire de la Protection civile pointe déjà de graves manquements, notamment l’absence de dispositifs adéquats de gestion de foule. « Les mesures de sécurité étaient largement insuffisantes au regard de l’affluence ». Dans la foulée, un rapport interne de l’Institut de sauvegarde du patrimoine national souligne de graves défaillances dans la gestion du site, notamment un manque de planification, le non-respect des capacités d’accueil, une coordination insuffisante entre les acteurs, ainsi que des lacunes dans le contrôle des accès et la gestion des situations d’urgence. En attendant des réponses claires, la Citadelle Henri reste figée dans le silence.  Gérard Maxineau

Partager cet article