Société
ANESRS: Réguler, financer et réformer… le pari d’une refondation de l’université haïtienne
PORT-AU-PRINCE.— Investie de la mission de restructurer l’enseignement supérieur et de relancer la recherche scientifique en Haïti, l’Agence Nationale de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique (ANESRS) se retrouve au cœur d’un chantier décisif pour l’avenir du pays. Entre nécessité de régulation, urgence de financement, résistances institutionnelles et déficit d’infrastructures, l’institution porte l’espoir d’une réforme longtemps attendue, mais confrontée à des obstacles majeurs.
*Un système à remettre de l’ordre*
L’un des premiers mandats de l’ANESRS consiste à mettre fin à la désorganisation chronique du secteur universitaire.
Au fil des années, la multiplication d’établissements, notamment privés, a souvent évolué sans cadre suffisamment harmonisé. Des programmes inégaux, des standards académiques variables et une reconnaissance parfois contestée de certains diplômes ont progressivement fragilisé la crédibilité du système.
Face à ce constat, l’agence devra imposer des normes claires en matière:
d’accréditation des institutions; d’évaluation des filières;bde validation des diplômes; de qualification du corps professoral.
L’enjeu dépasse la seule administration: il s’agit de restaurer la confiance dans le diplôme haïtien, sur le plan national comme international.
*La recherche scientifique, parent pauvre à relancer*
Autre priorité: faire émerger une véritable politique nationale de recherche. Dans un pays confronté à des défis structurels majeurs, sécurité alimentaire, santé publique, catastrophes naturelles, urbanisation, gouvernance, la recherche ne peut plus rester marginale.
L’ANESRS est appelée à orienter les travaux scientifiques vers les besoins réels du pays, en soutenant notamment:
la recherche en santé;
l’agriculture et l’environnement;
les sciences sociales;
les technologies et l’innovation numérique.
L’objectif affiché est de faire de la science un outil au service du développement et de la décision publique.
*Le nerf de la réforme: le financement*
Toutefois, la réussite de cette mission dépendra d’un facteur central: les ressources financières. Le sous-financement historique de l’enseignement supérieur et de la recherche demeure l’un des plus grands freins à la réforme.
Pour y répondre, plusieurs pistes se dessinent:
D’abord Le budget de l’État:
Une allocation budgétaire spécifique devra soutenir le fonctionnement de l’agence, les universités publiques et les fonds de recherche.
Les bailleurs internationaux:
Banque mondiale, BID, UNESCO, AUF et Union européenne constituent des partenaires potentiels de premier plan.
Ensuite Le secteur privé:
Le monde économique pourrait être mobilisé autour de programmes de recherche appliquée.
Et enfin La diaspora :
La diaspora intellectuelle haïtienne, très présente dans les milieux académiques internationaux, représente un levier stratégique en expertise et en financement.
*Des obstacles lourds et bien réels*
Mais le chantier s’annonce complexe. L’ANESRS devra composer avec l’instabilité politique, les changements fréquents de gouvernance, le manque d’infrastructures, l’insuffisance de laboratoires et la fuite des cerveaux.
À cela s’ajoutent des résistances institutionnelles, certaines universités pouvant percevoir les nouvelles exigences comme une remise en cause de leur autonomie. La réforme nécessitera donc une approche à la fois ferme et concertée.
*Un test pour l’avenir du pays*
Au-delà de la seule sphère académique, le succès de l’ANESRS sera un indicateur de la capacité de l’État à mener une réforme structurante.
L’enseignement supérieur et la recherche conditionnent la formation des élites, la production de connaissances et la capacité du pays à répondre à ses propres défis. Pour beaucoup, l’agence incarne aujourd’hui le test d’une refondation institutionnelle plus large.
Jean Mapou
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