lundi 11 mai 2026
Politique

Présence médiatique: Jocelerme Privert sur tous les coups*

JPW
Jean Pierre Wesley
Journaliste · 13 avril 2026
Ce samedi 11 avril 2026, le peuple haïtien a vécu un tourbillon émotionnel inédit. À la tombée de la nuit, les réseaux sociaux flambaient de joie : Ariana Milagro Lafond, influenceuse — 15 millions d’abonnés, était sacrée championne de House of Challenge à Lomé, au Togo. La diaspora et la jeunesse haïtienne exultaient, portées par un vent de fierté. Au même moment, l’allégresse a cédé la place à l’horreur : à la Citadelle, une bousculade monstre a coûté la vie à au moins 25 personnes, selon un bilan officiel de la Police Nationale d’Haïti, encore provisoire. Plus de 3 000 festivaliers étaient massés sur le site historique. Aucun secours adapté. Haïti a connu deux visages : l’éclat d’un sacre et l’ombre d’un drame. Dans la soirée, l’ancien président Jocelerme Privert a publié deux messages – l’un de félicitations, l’autre de deuil – qui résument à eux seuls l’état d’âme d’un pays partagé entre l’espérance et la consternation. *Une Haïti qui vibre au rythme d’une victoire* Dès les premières heures du samedi 11 avril, la nouvelle se propage comme une traînée de poudre : Ariana Milagro Lafond, jeune Haïtienne de 15 millions d’abonnés, remporte la 8e édition de House of Challenge à Lomé. Les lives TikTok, les tweets, les stories Instagram s’enflamment. La communauté haïtienne des réseaux sociaux, si souvent divisée, se rassemble autour de cette « fille du pays » qui porte haut les couleurs d’Haïti sur le continent africain. Dans son premier communiqué, l’ancien président Jocelerme Privert, figure politique toujours influente, adresse à la jeune femme un message solennel et chaleureux : « Ta victoire dépasse le cadre d’un simple succès personnel. Elle est le symbole vivant de ce que la jeunesse peut accomplir lorsqu’elle s’engage avec détermination, discipline et vision. » Il salue en elle « l’espoir, le mérite et la capacité de transformer les défis en opportunités ». Ce samedi matin, Haïti croit à la renaissance par les talents individuels. L’émotion est à son comble : on pleure de joie, on partage, on se projette. *L’après-midi : le basculement dans l’horreur* À des centaines de kilomètres de Port-au-Prince, à Milot, plus de 3 000 personnes gravitent les pentes de la Citadelle Laferrière pour la fête annuelle du site, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Ce rendez-vous traditionnel attire familles, jeunes et touristes. Mais vers la fin de l’après-midi, une bousculade – dont les causes restent à élucider – plonge la foule dans le chaos. Sur place, aucun poste de secours, aucune ambulance, aucun plan d’urgence. Les premiers blessés sont évacués dans des véhicules ordinaires. Les morts s’entassent. Le bilan officiel de la Police Nationale d’Haïti (PNH), publié le lendemain, fera état de 25 morts soit 13 corps à l’hôpital de Milot, 12 sur le site et 30 blessés. Mais le Collectif Défenseurs Plus parlent de 50, voire plus. *Jocelerme Privert : l’écho d’une double émotion* Dans la soirée, alors que les Haïtiens passent de la liesse à l’effroi, l’ancien président publie un second communiqué, d’un ton radicalement différent : « Le drame survenu à la Citadelle Laferrière bouleverse profondément mon esprit. Plusieurs de nos compatriotes ont perdu la vie à cause d’une négligence collective qui n’aurait jamais dû se produire. » Privert parle de « négligence collective ». Un terme lourd de sens. Il ajoute que cette tragédie renforce sa conviction qu’il faut « transformer le pays » et que chaque citoyen comme chaque autorité doit assumer ses responsabilités, « depuis les collectivités jusqu’aux plus hauts rangs de l’État ». En quelques heures, l’ancien président incarne la dualité du peuple haïtien. D’un côté, la fierté d’une jeunesse qui rayonne à l’international. De l’autre, la colère face à un État incapable de protéger ses propres citoyens sur un site touristique majeur. Son appel à la responsabilité collective est un réquisitoire contre l’impréparation chronique. *Les émotions du peuple : de l’espoir à la sidération* Sur les réseaux sociaux, les témoignages se bousculent. Des internautes racontent avoir passé la matinée à partager la victoire d’Ariana, puis l’après-midi à appeler frénétiquement des proches partis à la Citadelle. Une jeune femme écrit : « On était fiers le matin, on pleure le soir. Comment est-ce possible ? » et un membre de la KOMINOTE PWOGRESIS AYISYEN dit clairement les termes : « Ariana nous a donné de l’espoir. La Citadelle nous l’a repris. » Cette juxtaposition comme le sacre d’une influenceuse et la mort de vingt-cinq anonymes, n’est pas une coïncidence du calendrier. Elle révèle une fracture : celle d’une société où l’excellence individuelle —souvent à l’étranger — est célébrée, tandis que les infrastructures collectives comme lessecours, la sécurité ou encore les préventions restent défaillantes, laissant les foules livrées à elles-mêmes. *Leçons et responsabilités : que faire après le choc ?* Privert a raison de parler de « négligence collective ». La Citadelle Laferrière n’est pas n’importe quel site : c’est le symbole de l’indépendance haïtienne, le plus visité du pays. Organiser une fête rassemblant plus de 3 000 personnes sans poste médical, sans service d’ordre, sans plan d’évacuation est une faute impardonnable. Les autorités locales – mairie de Milot, ministère du Tourisme, Direction du Patrimoine (ISPAN)– doivent répondre de leurs carences. Mais au-delà des responsabilités immédiates, c’est tout un modèle de gestion des risques qui est à repenser. Le drame de la Citadelle n’est pas un accident isolé. Il s’inscrit dans une série de tragédies évitables comme les incendies de marchés, effondrements d’écoles ou encore les inondations meurtrières où l’absence de prévention tue plus que les événements eux-mêmes. *Un samedi que personne n’oubliera* Le 11 avril 2026 restera gravé dans les mémoires haïtiennes comme une journée d’extrêmes. La joie extrême, avec la consécration d’Ariana Milagro Lafond, symbole d’une jeunesse qui réussit malgré tout. L’extrême de la douleur, avec les corps alignés sur les pentes de la Citadelle, victimes d’une négligence qui n’en finit pas de tuer. Jocelerme Privert, dans ses deux communiqués, a su capter cette dualité. Il a félicité la championne pour « le meilleur à venir », tout en appelant à un sursaut de responsabilité pour que « chaque victime individuelle devienne une force au service du bien commun ». Reste à savoir si les autorités actuelles, si promptes à célébrer les gloires individuelles, sauront tirer les leçons de ce drame collectif. Le peuple haïtien, lui, a déjà choisi : il pleure ses morts et réclame des comptes. Par JP

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