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Kenscoff dit adieu à Jean Massillon, mais attend toujours la vérité sur sa mort
La commune de Kenscoff a rendu un dernier hommage, ce dimanche 25 octobre 2026, à son maire titulaire et président de la commission municipale, Jean Massillon, décédé le 9 octobre des suites d’un malaise survenu en pleine tournée sécuritaire. Des funérailles nationales, célébrées sur le terrain de la Mission baptiste, ont scellé une semaine de deuil communal décrétée du 19 au 24 octobre. Au-delà de la solennité officielle, la population kenscovite a tenu à exprimer l’attachement qu’elle portait à un magistrat qui, pendant près de deux ans, avait choisi de rester auprès de ses administrés malgré l’avancée des groupes armés.
Les circonstances exactes du décès restent, près de trois semaines après les faits, l’objet de versions divergentes. Les premières informations font état d’un malaise cardiorespiratoire survenu le vendredi 9 octobre vers 17 h 40, alors que l’édile se trouvait à Bois-d’Avril pour constater les avancées des forces de l’ordre. Transporté en urgence, il serait décédé en chemin selon les récits, sans qu’une chronologie définitive ne soit établie. La famille a publiquement mis en cause un responsable politique et l’Hôpital de Fermathe, accusations que l’établissement a formellement récusées. À la mairie, l’hypothèse d’un accident vasculaire cérébral est privilégiée, sans diagnostic médical définitif. L’absence d’autopsie, faute de médecin légiste disponible dans le pays, entretient le doute et nourrit les interrogations sur une éventuelle mort suspecte.
Jean Massillon n’était pas un édile de salon. Travailleur de la mairie de Kenscoff depuis plus de vingt ans, il s’était distingué ces derniers mois par une présence constante sur le terrain, multipliant les alertes publiques sur la dégradation sécuritaire et réclamant une réponse étatique plus ferme face aux incursions répétées des groupes armés. À la veille de sa mort, il saluait encore les avancées des forces de sécurité dans plusieurs localités et appelait les habitants déplacés à ne pas regagner prématurément leurs domiciles. Cette constance lui avait valu une popularité réelle auprès d’une frange de la population, qui voyait en lui un rempart face à l’effondrement de l’autorité publique dans les hauteurs de Port-au-Prince. La Primature, dans un communiqué publié le jour même de sa disparition, a salué « un édile courageux » qui « a choisi de rester présent, aux côtés de sa communauté ».
La mobilisation observée ce dimanche ne relève pas seulement du protocole. Elle traduit une attente profonde, celle de leaders locaux qui ne cèdent pas à la terreur et qui maintiennent le lien avec une population souvent abandonnée par les institutions centrales. Les funérailles nationales, la veillée organisée à Pétion-Ville et la semaine de deuil décrétée par la mairie témoignent d’une reconnaissance officielle, mais c’est l’adhésion populaire qui donne à cet hommage sa véritable portée. Dans une commune martyrisée par les attaques de la coalition Viv Ansanm et les incursions armées à répétition, la disparition de Jean Massillon laisse un vide que les discours ne combleront pas.
L’incertitude persistante autour des causes du décès n’est pas un détail. Elle illustre les limites d’un État incapable de garantir une autopsie dans un cas qui engage la responsabilité de plusieurs acteurs, y compris hospitaliers et politiques. Les accusations familiales, relayées sur les réseaux sociaux, n’ont pas été étayées publiquement, et l’enquête judiciaire réclamée reste, à ce stade, sans traduction visible. Cette opacité nourrit la défiance et fragilise la parole publique au moment même où la commune aurait besoin de certitudes pour panser ses plaies.
Kenscoff a pleuré son maire. Mais au-delà de l’émotion, c’est une question de responsabilité collective qui demeure posée, celle d’assumer, enfin, la protection de ceux qui refusent de quitter leur terre.
Jean Wesley Pierre
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