lundi 11 mai 2026
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Haiti: déchets biomédicaux, élaboration du plan 2026-2028 pour protéger soignants, patients et environnement

JPW
Jean Pierre Wesley
Journaliste · 9 mai 2026
Le ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP) a organisé ce jeudi 7 mai 2026, à l’hôtel Oasis, un atelier de restitution sur le plan stratégique et opérationnel de gestion des déchets médicaux pour 2026-2028. Appuyée par le Fonds Mondial et réunissant acteurs institutionnels et partenaires (dont l’UNICEF), la rencontre visait à territorialiser une réponse nationale face à un danger sous-estimé : 15 % des déchets du secteur de la santé sont très dangereux, exposent le personnel au VIH et aux hépatites, et menacent les écosystèmes. La mauvaise gestion des déchets biomédicaux en Haïti n’est pas un problème nouveau, mais son aggravation contraint aujourd’hui les autorités sanitaires à passer d’une logique réactive à une stratégie structurée. Le MSPP, via la Direction de promotion de la santé et de protection de l’environnement (DPSPE), a présenté deux documents-cadres : le plan opérationnel 2026-2028 et le plan national de gestion des déchets biomédicaux. Leur objectif commun est d’harmoniser les pratiques, de former le personnel et d’encadrer le transport, le traitement et l’élimination des déchets infectieux. Une intervenante, dont le nom n’a pas été communiqué dans les notes officielles, a souligné une réalité alarmante : « Nous ne pouvons pas parler de la sécurité des soins si le personnel médical est exposé, nous ne pouvons pas parler des soins si le transport des déchets médicaux n’est pas fait de manière adéquate. » Elle a précisé que 15 % du volume total des déchets produits par le secteur de la santé sont classés comme très dangereux, ajoutant : « Nos infirmières sont exposées au VIH, aux hépatites B et autres. » Un enjeu sanitaire et environnemental croissant Lorsqu’ils sont brûlés à ciel ouvert, déversés dans des décharges sauvages ou manipulés sans protection, ces déchets contaminent les sols, les nappes d’eau et l’air. Les communautés riveraines des établissements de santé sont également menacées. L’atelier d’Oasis a donc acté une urgence double : protéger les agents de santé (infirmières, médecins, techniciens) qui sont en première ligne face aux infections, et préserver l’environnement haïtien déjà fragilisé. Le MSPP et ses partenaires, dont l’UNICEF, ont réaffirmé leur engagement. Dans une communication, l’agence onusienne a indiqué qu’elle œuvrera à « l’application efficace de ces plans » pour contribuer à « des services de santé plus sécurisés pour les patients, les communautés et le personnel soignant ». Le Fonds Mondial, qui a soutenu l’organisation de l’atelier, a salué l’approche territoriale – signe que les actions ne seront plus décidées uniquement au niveau central, mais adaptées aux réalités locales. De la planification à la mise en œuvre : les défis à venir Si l’existence de plans nationaux est une avancée, les observateurs rappellent qu’Haïti a déjà produit plusieurs documents stratégiques par le passé. La valeur ajoutée des plans 2026-2028 réside dans leur territorialisation et l’association des acteurs de terrain dès la phase de conception. Reste à garantir les moyens financiers, la formation continue du personnel, et l’installation de filières d’élimination conformes (incinérateurs, décharges contrôlées). Sans ces conditions, les meilleurs plans resteraient lettre morte. En attendant, la déclaration de l’intervenante résonne comme un avertissement : négliger les déchets biomédicaux, c’est exposer volontairement des milliers d’agents de santé à des maladies évitables. Le MSPP et ses partenaires disent avoir pris la mesure du problème. Les prochains mois diront si les engagements se transforment en actes sur le terrain. Par JP

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