Politique
Grand’Anse : quand l’État n’honore pas ses paie pas, les profs battent le pavé et les examens officiels sont risqués
Le département de la Grand’Anse a été paralysé ce vendredi 10 avril 2026 par un mouvement de protestation d’enseignants déterminés à faire entendre leurs revendications. Réclamant de meilleures conditions de travail, un salaire décent et le respect de l’accord signé le 20 janvier 2025 avec le ministère de l’Éducation nationale et de la Formation Professionnelle, ils sont près d’une centaine à avoir occupé les bureaux départementaux de l’institution, illustrant une nouvelle montée de tension dans la crise persistante du système éducatif haïtien. Membres de Nou KONPRANN, REDRESEHbet autres. Ils occupent les lieux sans relâche. Motif : l’accord du 20 janvier 2025 – alignement salarial, nomination, carte OFATMA, cantines – est toujours lettre morte. Le ministre actuel de l’Éducation le désavoue ouvertement, invoquant « l’absence de budget ». Les enseignants, eux, haussent le ton : pas de retour en classe, et les examens officiels de 2026 ne se dérouleront pas « sans passer sur leurs cadres ».
« 22 000 gourdes, c’est une insulte »
Alexandra Dominique, enseignante du premier et deuxième cycles à Grand’Anse, résume le quotidien d’une profession sacrifiée :
« Nous touchons 22 000 gourdes par mois. Avec l’inflation et le prix du carburant, nous ne pouvons ni manger correctement ni payer nos dépenses. » Elle rappelle que l’ancien ministre Antoine Augustin avait promis un alignement dès le 24 octobre 2025 – promesse non tenue.
Pire, elle pointe une injustice qui révolte :
« L’État a débloqué 150 millions de gourdes pour l’Université Quisqueya, mais nous n’avons même pas les moyens d’y inscrire nos propres enfants. »
*Un ministre qui se défausse, des profs qui ne reculent plus*
Le locataire du MENFP, le Dr Vijonet Deméro oppose une fin de non-recevoir : « Pas d’argent, pas de budget. » Il ajoute, avec un détachement qui glace : « Faire grève est un choix personnel ; une grève ne peut pas me faire avancer. »
Pour les enseignants, c’est la goutte de trop. Dilard Louines, coordonateur départemental de NOU KONPRANN, prévient : « Nous occuperons cet espace jusqu’à ce que l’accord du 20 janvier soit appliqué. » Et la menace est claire : « Si l’État refuse, les examens officiels de 2026 n’auront pas lieu. Ils devront passer sur nos cadres pour les réaliser. »
Le mépris du paiement en « dernier recours »
Un jeune professeur de lycée décrit un système de délais et de ponctions humiliantes : « Le personnel administratif est payé deux semaines avant nous. Ensuite, on nous donne des chèques qu’on doit faire encaasser par des tiers, en perdant jusqu’à 10 % de frais. » Ce n’est pas un retard : c’est une politique de la misère organisée.
*Examen officiel 2026 : le compte à rebours dramatique*
Avec l’occupation des locaux de la DDEGA, c’est toute la logistique des examens qui est menacée. Les enseignants ne retourneront pas en classe sans alignement salarial – ils le répètent. Le syndicaliste Ernst Bolivar de l'UNNOH depuis Port-au-Prince confirme que le mot d’ordre est national : « À la reprise des cours, les enseignants ne doivent pas retourner en classe. »
Dans la Grand’Anse, la paralysie n’est plus une hypothèse : c’est une réalité que l’État semble regarder sans bouger.
*Un bras de fer qui annonce un potentiel naufrage*
L’accord du 20 janvier 2025 était censé être une feuille de route. Il est devenu un symbole de la parole publique jetée aux orties. Face à un ministre qui assume son impuissance en déclarant : « je ne pourrai pas résoudre tous les problèmes », les enseignants de Grand’Anse choisissent l’ultimatum.
Si l’État persiste dans son déni, ce ne seront pas seulement des bureaux occupés : ce seront des milliers d’élèves sans examen, une année blanche, et une crise de confiance définitive entre la nation et ceux qui forment ses enfants. La balle est dans le camp d’un exécutif qui, jusqu’ici, préfère compter ses millions pour l’université plutôt que de payer ses profs au juste prix.
Par JP
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