lundi 11 mai 2026
Opinion

Evallière Beauplan : Un homme d’État sous-estimé

LR
La Rédaction
Équipe éditoriale · 12 avril 2026
Par Baille Maxo Né le 23 juin 1968 au Môle Saint-Nicolas, dans le département du Nord-Ouest, Evallière Beauplan a été choisi à trois reprises par la population de cette région pour la représenter au Sénat de la République. Cet homme politique talentueux a marqué l’histoire du Grand Corps dès sa prestation de serment, notamment par ses actions au sein de la commission des Affaires étrangères durant ses trois mandats. *Une stature internationale et diplomatique* Il a soumis au Sénat des rapports de mission rigoureux dans lesquels il évaluait l'ensemble des représentations diplomatiques d'Haïti à l'étranger, proposant des recommandations pour un changement réel de notre diplomatie. Pour l’avoir côtoyé en tant qu’ancien journaliste accrédité au Parlement, je peux témoigner qu’il demeure, à ce jour, l'un des rares parlementaires haïtiens à avoir représenté le pays auprès d'instances prestigieuses telles que la COPA, la FIPA, la Francophonie et l’ACP-UE. Durant son passage au Sénat, il a occupé les fonctions de vice-président de la Confédération parlementaire des Amériques et de l'Assemblée parlementaire des États d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique. C'est une figure respectée à l'échelle internationale qui maîtrise parfaitement les rouages de la diplomatie mondiale. Le courage face à la corruption : L'enquête PetroCaribe C’est lui qui a lancé l'alerte sur la dilapidation des fonds du programme PetroCaribe, impliquant d'anciens hauts fonctionnaires sous la présidence de Michel Martelly. Son rapport, un document monumental de plus de 600 pages accompagnés de 1 200 pages d'annexes, a analysé 13 résolutions et plus de 300 projets. Ce travail visait à aider le peuple haïtien, qui croupit dans la misère, à comprendre la destination de ces millions destinés au développement. Au prix d’un risque énorme, il a choisi la voie de la vérité plutôt que celle de l’enrichissement facile. *Un engagement indéfectible pour le peuple* Qui ne se souvient pas de son combat pour empêcher la nomination de Bernard Gousse au poste de Premier ministre, en raison de sa gestion du ministère de la Justice lors des massacres au Bel-Air en 2004 ? Aujourd'hui encore, il porte fièrement l'étiquette de "Nèg Lwil", un surnom né de sa solidarité avec les victimes du massacre de La Saline. Sur le plan du développement, il a mené une bataille acharnée face au président Préval pour l'obtention de 15 ponts sur le tronçon Carrefour Joffre/Port-de-Paix. Je garde encore dans mes archives de journaliste sa déclaration publique face à Michèle Pierre-Louis pour l'obtention du pont sur la rivière des Trois-Rivières. Fidélité et principes politiques Malgré une carrière impressionnante, Evallière Beauplan manque de la reconnaissance médiatique proportionnelle à son impact. On reconnaît pourtant en lui une grande capacité de négociation, une intelligence fine et un sens profond du compromis. Bien que sollicité par plusieurs structures pour la présidence, il a souvent décliné, restant fidèle à son mentor, l'ancien président Jean-Bertrand Aristide, qui l'avait choisi pour représenter Fanmi Lavalas dès les sénatoriales de 2000. Par principe et refus de trahir le Secteur Démocratique et Populaire (SDP), il a également rejeté la proposition de Jovenel Moïse qui souhaitait le nommer Premier ministre. Un leader pour 2026 ? En 2016, lors de sa rencontre avec Aristide, il a réitéré sa loyauté en soutenant la candidature de Maryse Narcisse. Aujourd'hui, on peut se demander pourquoi le parti Fanmi Lavalas n’a pas encore fait de lui son fer de lance pour la présidentielle de 2026. Un homme de sa trempe, capable de naviguer entre les secteurs économiques et politiques tout en restant fidèle à ses convictions, représenterait un atout majeur pour sortir Haïti de sa "descente aux enfers". Les adversaires du secteur populaire craignent sans doute ce scénario : celui d'un président compétent et intègre au Palais National.

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