vendredi 21 août 2026
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Éducation en Haïti : 2,5 milliards de gourdes pour un pansement sur une jambe de bois

LR
La Rédaction
Équipe éditoriale · il y a 20 heures
Par Romanorv Pierre David, professeur et journaliste Port-au-Prince, le 19 août 2026 — À l’approche de la rentrée scolaire *2026-2027,* le gouvernement annonce une enveloppe de 2,5 milliards de gourdes destinée à soutenir des parents d’élèves. Présentée comme une réponse aux difficultés économiques des familles, cette mesure peut, à première vue, sembler généreuse. Mais derrière cette annonce se cache une question fondamentale : est-ce réellement une politique éducative ou simplement une réponse ponctuelle à une crise que l’État refuse de traiter à la racine ? Il ne fait aucun doute que les parents les plus vulnérables ont besoin d’aide. Dans un pays où le coût de la rentrée scolaire devient chaque année plus lourd, une assistance financière peut apporter un soulagement immédiat. Mais soulager momentanément une famille n’est pas la même chose que résoudre le problème de l’éducation. C’est là que se trouve toute l’ambiguïté de cette politique. Une aide qui risque de devenir un écran de fumée Donner de l’argent aux parents pour la rentrée peut permettre de payer certaines dépenses pendant quelques semaines. Mais qu’arrivera-t-il après la rentrée ? Les enfants retourneront dans des écoles qui manquent parfois de matériel pédagogique. Des enseignants continueront à travailler dans des conditions difficiles. Certaines salles de classe resteront surchargées, certaines infrastructures continueront de se dégrader et les besoins en formation continue des enseignants resteront largement insatisfaits. Le problème de l’éducation haïtienne n’est donc pas seulement le coût de la rentrée. Le problème est beaucoup plus profond. Et lorsqu'un gouvernement injecte 2,5 milliards de gourdes dans une mesure ponctuelle sans expliquer clairement son impact à long terme sur le système éducatif, il est légitime de demander : où est la véritable stratégie ? Pourquoi ne pas investir davantage dans l'école elle-même ? Si l’État dispose réellement de ressources aussi importantes, ne serait-il pas plus efficace d’en consacrer une partie au renforcement durable des écoles nationales ? Pourquoi ne pas investir dans : la construction et la rénovation des salles de classe ; les bibliothèques et laboratoires scolaires ; les matériels didactiques ; la formation continue des enseignants ; l’amélioration des conditions de travail des enseignants ; l’accès aux nouvelles technologies ; les programmes de soutien aux élèves en difficulté ? Une telle politique ne donnerait peut-être pas immédiatement l’impression d’une grande opération sociale, mais elle produirait des résultats durables. Et l'enseignant dans tout cela ? Voilà la question que nous devons avoir le courage de poser. On parle beaucoup du parent. On parle de l’élève. Mais qui parle suffisamment de l’enseignant ? L’enseignant est celui qui accueille l’enfant dans la salle de classe. Celui qui prépare les cours, corrige les travaux, accompagne l’élève et porte quotidiennement une partie de la responsabilité de la réussite scolaire. Pourtant, lorsqu'on parle d'investissement dans l'éducation, l'enseignant est souvent réduit à une simple ligne budgétaire. Pourquoi ne pas créer, par exemple, un véritable programme permettant aux enseignants d'obtenir des bourses de perfectionnement, des subventions pour poursuivre leurs études, des formations professionnelles régulières et de véritables avantages sociaux ? Si nous voulons réellement transformer l’éducation haïtienne, il faut investir dans l’enfant, l’école et l’enseignant. Le risque de transformer la pauvreté en clientèle Il faut également être prudent avec les politiques d'assistance. Une famille pauvre ne doit pas devenir uniquement une bénéficiaire périodique de programmes gouvernementaux. Elle doit pouvoir compter sur un système éducatif public suffisamment fort pour réduire progressivement le coût de l’éducation et garantir à son enfant une véritable égalité des chances. Sinon, nous risquons de créer un cercle vicieux : chaque année, les familles attendent une nouvelle subvention parce que les problèmes structurels n'ont jamais été réglés. Une politique sociale digne de ce nom ne doit pas seulement distribuer de l'argent aux pauvres ; elle doit aussi créer les conditions permettant aux pauvres de sortir durablement de la vulnérabilité. Et le FNE ? C’est ici que la question du Fonds national de l’éducation (FNE) mérite également d’être posée. Un fonds consacré à l’éducation devrait pouvoir contribuer à financer des politiques qui renforcent durablement le système éducatif. Il ne devrait pas seulement être perçu comme une caisse destinée à financer des interventions ponctuelles. Pourquoi ne pas imaginer un mécanisme à travers lequel un enseignant pourrait obtenir une subvention ou une bourse pour poursuivre ses études ? Pourquoi ne pas mettre en place des programmes d'aide aux élèves des écoles publiques ? Pourquoi ne pas financer davantage les infrastructures, les bibliothèques, les laboratoires et les matériels pédagogiques ? *Une fausse solution à un vrai problème* Nous ne devons pas nous tromper de débat. Les parents ont besoin d'aide. Oui. Mais ils ont surtout besoin d'une école publique capable de donner à leurs enfants une éducation de qualité sans les condamner chaque année à chercher une nouvelle assistance. Les 2,5 milliards de gourdes annoncés peuvent donc être considérés comme une opportunité : celle de réfléchir à une politique éducative beaucoup plus ambitieuse. Car aider un parent (a une somme de 1500 gourdes) aujourd'hui peut être nécessaire. Mais construire une école publique forte pour que ce parent n'ait plus besoin d'aide demain, voilà la véritable politique éducative. Et c'est précisément à ce niveau que nous devons interpeller nos dirigeants : Sommes-nous en train de résoudre le problème de l'éducation, ou sommes-nous simplement en train de gérer la pauvreté des familles année après année ? L'école haïtienne ne doit pas être un espace où l'on distribue des secours. Elle doit devenir un véritable instrument d'émancipation sociale.

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