vendredi 2 octobre 2026
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Thélyson Orélien face à la presse française raciste dans tous ses états

LR
La Rédaction
Équipe éditoriale · il y a 1 jour
Par Jean Venel Casséus Il aura suffi d’un compte X anonyme, suivi par moins de cent personnes, pour que la grande presse française transforme un soupçon algorithmique en affaire littéraire mondiale. En offrant à cette accusation une puissance qu’elle n’aurait jamais acquise seule, les médias ne couvrent pas une polémique : ils lui fournissent ses poumons, ses jambes et son tribunal. Il faut voir la presse française dans tous ses états. Libération, Le Figaro, Le Parisien, Marianne, France Inter, Livres Hebdo, ActuaLitté et bien d’autres se penchent, presque simultanément, sur une publication lancée par « Balance ton Claude ». À les lire et à les écouter, on pourrait croire qu’un laboratoire de Harvard, de Yale ou de Princeton vient de remettre une expertise scientifique de trois cents pages sur la plus grande fraude littéraire du siècle. La source de ce séisme ? Un compte anonyme créé en juin 2026, dont les premières publications visibles remontent au 17 septembre, quatre jours avant son accusation contre Thélyson Orélien. Le compte affiche 52 publications. Avant son coup d’éclat, 92 personnes seulement le suivaient. Quatre-vingt-douze ! Pas une institution scientifique, pas une université, pas une équipe de linguistes, pas un laboratoire indépendant. Un compte sans visage, sans identité publique, sans parcours connu, sans responsabilité éditoriale. Le 21 septembre, jour même où Thélyson Orélien reçoit le prix du Roman Fnac, ce compte affirme que C’était ça ou mourir a été rédigé « presque intégralement » par une intelligence artificielle. Quelques captures d’écran de Pangram, une multiplication statistique aussi spectaculaire que discutable, et la machine médiatique se met à tourner. En quelques heures, la publication dépasse trois millions de vues. Ce compte, jusque-là presque invisible, rassemble maintenant plusieurs milliers d’abonnés. Voilà le premier scandale : ce compte n’alerte pas l’opinion publique. La presse française lui offre une opinion publique. Sans cette reprise massive, son accusation resterait probablement enfouie dans les profondeurs de X, entre quelques comptes passionnés par l’intelligence artificielle et deux ou trois amateurs de scandales littéraires. Les médias prennent une publication jusque-là presque invisible, la sortent de son obscurité, l’installent sous les projecteurs, puis prétendent couvrir le tumulte qu’ils provoquent eux-mêmes. Dans mon métier de journaliste, on ne transforme pas l’affirmation d’un inconnu en nouvelle nationale au simple motif qu’elle est sensationnelle. Une publication anonyme constitue éventuellement une piste. Elle exige une enquête sur l’identité de sa source, ses motivations, ses compétences, ses méthodes et les intérêts qu’elle pourrait servir. Ici, le processus est inversé : personne ou presque ne sait qui accuse, mais tout le monde exige déjà des explications de l’accusé. Qui se cache derrière « Balance ton Claude » ? Pourquoi ce compte fraîchement actif s’intéresse-t-il à ce livre précis ? Pourquoi cette attaque le jour du prix Fnac ? Qui lui a transmis le texte numérique complet ? Quels passages ont été sélectionnés, dans quel format et selon quel protocole ? Quel lien existe entre ce pseudonyme, « @Pangramed », et la société Pangram ? Pourquoi la presse interroge-t-elle Thélyson Orélien avant d’identifier son procureur ? Ces questions élémentaires devraient précéder les grands titres. Elles sont pourtant reléguées derrière une interrogation plus rentable : le jeune écrivain haïtien a-t-il trompé tout le monde ? On ne peut affirmer l’existence d’une coordination clandestine entre les rédactions. Mais cette synchronisation soudaine, cette démesure et cette absence initiale de distance critique donnent à l’ensemble l’allure d’une coalition. Une presse entière trouve normal de monter sur le même échafaud construit par un inconnu. Chacun prétend observer l’exécution ; tous tiennent pourtant une corde. Il est difficile d’imaginer une mobilisation comparable contre un jeune écrivain scandinave, figure parfaite du « bon Blanc » littéraire, sur la seule foi d’un compte anonyme créé quelques mois plus tôt et actif depuis quelques jours. On parlerait de prudence, de présomption d’innocence et de fiabilité discutable des détecteurs. On interrogerait l’accusateur. Cette affaire est triste. Elle est méchante. Elle ressemble à une tentative d’assassinat de caractère menée, au nom de la vérification mais sans ses précautions élémentaires, contre Thélyson Orélien et son chef-d’œuvre, C’était ça ou mourir. À travers cette attaque, ce sont aussi les lettres haïtiennes que l’on cherche à atteindre. La presse française n’attend pas de savoir pour faire savoir. Elle grossit une rumeur, organise son retentissement, puis demande à sa victime de répondre au vacarme. Ô mon Dieu, quelle douleur d’être haïtien dans ce monde ! Jean Venel Casséus

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