lundi 11 mai 2026
International

Islamabad : négociations entre Américains et Iraniens, la ruse diplomatique ?

JPW
Jean Pierre Wesley
Journaliste · 22 avril 2026
La diplomatie reprend ses droits, mais la méfiance, elle, n'a jamais quitté les lieux. Ce lundi 20 avril, une délégation américaine conduite par le vice président, JD Vance, accompagnés de Jared Kushner et Steve Witkoff — les deux émissaires habituels de Donald Trump — arrive dans la capitale pakistanaise pour une nouvelle série de pourparlers avec l'Iran. L'enjeu n'est autre que de tenter de sortir d'une crise militaire ouverte qui a embrasé le Moyen-Orient et paralysé le détroit d'Ormuz. Mais les conditions semblent plus défavorables que jamais. *Un optimisme pakistanais en berne* Alors que les précédentes discussions du 11 avril s'étaient soldées par un échec, la délégation américaine revient sans le vice-président J.D. Vance, qui avait pourtant mené la première tentative. Ce changement d'équipe, couplé aux déclarations martiales de Donald Trump, n'augure rien de bon. Sur sa plateforme Truth Social, le président américain a offert à l'Iran un « deal raisonnable », tout en avertissant : en cas de refus, « les États-Unis détruiraient toutes les centrales électriques et tous les ponts en Iran ». L'heure n'est visiblement plus aux concessions, mais aux ultimatums. Côté iranien, la position est tout aussi inflexible. Téhéran n'a pas encore décidé de participer aux pourparlers d'Islamabad. Selon des médias locaux, la levée du blocus naval américain constitue une condition préalable. L'agence officielle Irna résume le climat d'une formule glaciale : « aucune perspective claire de négociations fructueuses ». *Le détroit d'Ormuz, point de blocage stratégique* Le cœur du conflit se joue désormais dans les eaux du détroit d'Ormuz. Vendredi, l'Iran avait annoncé sa réouverture, avant de faire marche arrière samedi en reprenant « le strict contrôle » de cette voie maritime essentielle — par laquelle transite habituellement un cinquième du commerce mondial de pétrole et de gaz. Depuis, au moins trois navires commerciaux ont essuyé des tirs en tentant de franchir le détroit. Les passages sont tombés à zéro ce dimanche, selon le site Marine Traffic. Donald Trump a immédiatement dénoncé « une violation totale du cessez-le-feu ». L'Iran rétorque que le blocus américain de ses ports est « illégal et criminel ». Dans cette escalade verbale, chaque camp campe sur ses positions, et les négociations d'Islamabad apparaissent déjà comme une simple formalité avant la reprise des hostilités. *« Ruse diplomatique » : la méfiance comme carburant* L'analyse de Vali Nasr, professeur à l'université Johns Hopkins, éclaire ce paradoxe. En ouvrant le détroit vendredi, l'Iran pensait que Washington répondrait par la levée du blocus. Or, le maintien de ce dernier « n'a fait que nourrir la suspicion de l'Iran » sur la nature réelle des discussions. Pour Téhéran, Islamabad pourrait n'être « qu'une ruse diplomatique avant une autre attaque militaire ». La défiance est d'autant plus forte que le pays a déjà été la cible de frappes israélo-américaines en juin 2025, puis du 28 février au 8 avril dernier. Sur le fond, les positions demeurent irréconciliables. Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, chef de l'équipe de négociation, évoque « de nombreuses divergences », notamment sur le volet nucléaire. Donald Trump affirme que l'Iran a accepté de remettre son uranium hautement enrichi — un enjeu crucial —, ce que Téhéran dément catégoriquement. Le président Massoud Pezeshkian a lancé, dimanche : « Trump dit que l'Iran ne doit pas faire usage de ses droits nucléaires. Qu'est-ce qui lui prend de vouloir priver l'Iran de ses droits ? » *Des négociations sous haute tension, mais pour quel résultat ?* Les pourparlers d'Islamabad s'annoncent comme une épreuve de vérité. D'un côté, Trump brandit la menace de destruction massive des infrastructures iraniennes. De l'autre, l'Iran exige la levée du blocus avant même de s'asseoir à la table. Dans ce climat de défiance absolue, les chances d'une percée diplomatique paraissent minces. La communauté internationale retient son souffle. Car, si cette deuxième tentative échoue, le Moyen-Orient pourrait bien replonger dans une guerre ouverte dont personne ne mesure encore les conséquences. Par JP

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