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FRG : l’ONU prolonge, le gouvernement célèbre, Haïti attend toujours
*FRG : l’ONU prolonge, le gouvernement célèbre, Haïti attend toujours*
Par JP
Le gouvernement haïtien a salué, ce mardi 29 septembre 2026, la décision du Conseil de sécurité des Nations unies de proroger jusqu’au 31 mars 2027 le mandat de la Force de répression des gangs (FRG). Dans un communiqué laconique, l’exécutif y voit « une avancée importante » et « un résultat concret » de la diplomatie du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Derrière cette célébration officielle, une réalité s’impose : la FRG, déployée depuis avril 2026, reste une force fantôme, sous-effectif et controversée, dont le bilan sécuritaire demeure, à ce jour, largement insignifiant.
Adoptée par 12 voix pour, aucune contre et trois abstentions — celles de la Chine, de la Russie et du Pakistan —, la résolution proroge un mandat qui court depuis le 30 septembre 2025, date à laquelle la Résolution 2793 a transformé la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS) en une force nettement plus robuste et offensive. La FRG devait atteindre 5 500 militaires et policiers, avec un déploiement progressif d’avril à octobre 2026. Or, au 8 juillet 2026, la force ne comptait qu’un peu plus de 1 000 personnes, selon les informations relayées par la République dominicaine. La pleine capacité opérationnelle n’est pas attendue avant la fin de l’année.
Le représentant américain Michael Waltz a lui-même reconnu que « les gangs ne vont pas simplement disparaître ». Une déclaration d’une lucidité rare, qui contredit le triomphalisme du communiqué gouvernemental.
La FRG n’est pas une opération onusienne de maintien de la paix. Elle est autorisée à mener des opérations antigangs autonomes, sans être liée par les règles onusiennes. Ce mandat robuste, présenté comme la réponse à l’échec de la MMAS, n’a pas produit les résultats escomptés. La République dominicaine, voisine d’Haïti, a exprimé son inquiétude face à la lenteur de la montée en puissance de la force. L’Organisation des États américains (OEA) a également appelé à son renforcement.
La réalité du terrain est tout autre : les gangs continuent de contrôler de vastes portions du territoire, les massacres se poursuivent et les déplacements de populations s’aggravent. Dans son rapport au Conseil de sécurité, le Secrétaire général adjoint a souligné que « le renouvellement est fondamental, mais il ne représente qu’une partie de l’équation ». La FRG doit atteindre sa pleine capacité opérationnelle, mais aussi garantir que les zones reprises ne retombent pas aux mains des gangs.
Le communiqué du gouvernement haïtien évoque « plus de 2 000 policiers déjà formés » et « 1 500 nouveaux soldats » ayant rejoint les Forces armées d’Haïti. Ces chiffres, présentés comme la preuve d’un effort national, ne compensent ni l’insuffisance de la FRG ni l’incapacité de l’État à reprendre le contrôle du territoire. Le Premier ministre lui-même a reconnu, devant l’Assemblée générale de l’ONU, que la force internationale « n’était toujours pas pleinement opérationnelle » et n’avait pas atteint son effectif prévu de 5 500 personnes. Il a appelé à son déploiement complet, soulignant qu’« un mandat ne suffit pas ».
Comment le même gouvernement peut-il, cinq jours plus tard, qualifier cette prorogation d’« avancée importante » ? La contradiction est flagrante.
La FRG coexiste avec le BINUH, mission politique, et l’UNSOH, bureau de soutien logistique, formant une architecture inédite « à trois têtes », chacune dotée de sa propre chaîne hiérarchique. Cette complexité institutionnelle, loin de fluidifier l’action, risque de créer des doublons et des incohérences. L’Observatoire Boutros-Ghali identifie trois tests pour la réussite de cette architecture : l’acceptation par la population haïtienne, la coordination interne à l’ONU et la cohérence politique au Conseil de sécurité. Aucun de ces trois tests n’est aujourd’hui passé avec succès.
La résolution onusienne insiste sur la protection des enfants recrutés par les gangs et encourage les programmes de démobilisation et de réinsertion. Mais elle reste silencieuse sur les violations des droits humains commises par les forces elles-mêmes. Des rapports ont documenté l’usage massif de drones kamikazes par les forces de sécurité, causant des centaines de victimes civiles. Le Danemark a exprimé son « alarme profonde » face aux accusations d’exploitation et d’abus sexuels impliquant du personnel de la mission précédente. Ces questions, pourtant centrales, sont absentes du communiqué gouvernemental.
Le gouvernement affirme que la FRG doit permettre à Haïti d’« assurer pleinement sa propre sécurité et exercer sa souveraineté sur l’ensemble de son territoire ». La réalité est celle d’une dépendance croissante à une force internationale sous-mandatée, sous-financée et sous-déployée. La souveraineté n’est pas une déclaration d’intention ; elle se construit par des institutions capables d’imposer l’autorité de l’État. Force est de constater que, quatre ans après l’assassinat de Jovenel Moïse, cette capacité reste un horizon lointain.
La prorogation du mandat de la FRG n’est ni une victoire diplomatique ni une avancée sécuritaire. C’est un sursis. Et un sursis, en Haïti, ne vaut que par ce qu’on en fait.
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