lundi 11 mai 2026
International

Conflit Iran-Israël & USA : Kiev craint d'être la victime collatérale d'un détournement des missiles américains*

JPW
Jean Pierre Wesley
Journaliste · 16 avril 2026
Alors que les regards du monde se tournent vers l'escalade militaire entre Israël, les États-Unis et l'Iran, l'Ukraine tire la sonnette d'alarme. Le président Volodymyr Zelensky a déclaré ce mardi 14 avril 2026 depuis Oslo que la guerre au Moyen-Orient menace désormais directement les livraisons de missiles intercepteurs Patriot essentiels à la défense aérienne ukrainienne. « Dès le tout début de la guerre au Moyen-Orient, nous avons compris que nous pouvions être confrontés à des difficultés », a-t-il reconnu. Les missiles concernés sont les Patriot PAC-3 et PAC-2, que Kiev acquiert principalement via le programme PURL – un mécanisme permettant à l'Ukraine de recevoir du matériel américain financé par des pays européens. Selon Zelensky, ces livraisons arrivent déjà « lentement ». Et la situation pourrait se dégrader rapidement. « Je pense que nous pourrions être confrontés à ce type de problèmes dans un avenir très proche », a-t-il prévenu, qualifiant la situation de « très difficile ». *Un arbitrage géopolitique qui dérange* Ce ralentissement n'est pas anodin. Il coïncide avec l'intensification des efforts diplomatiques américains autour du conflit irano-israélien. Or, ces négociations mobilisent les mêmes intermédiaires – Steve Witkoff et Jared Kushner – qui étaient jusqu'ici impliqués dans les pourparlers russo-ukrainiens, aujourd'hui au point mort. Les deux camps ne se sont pas rencontrés depuis février à Genève. « Ils sont constamment en pourparlers avec l'Iran et n'ont pas de temps pour l'Ukraine », a regretté Zelensky, dans un entretien à la ZDF. Une phrase qui résume l'inquiétude stratégique de Kiev : alors que l'Ukraine a besoin d'un soutien continu pour tenir face à l'invasion russe, Washington semble redistribuer ses priorités. *Un risque de fragmentation de l'aide occidentale* Sur le fond, l'alerte de Zelensky met en lumière une tension structurelle. L'administration américaine dispose d'une capacité industrielle limitée pour produire certains intercepteurs. Si une partie significative de ces missiles est redirigée vers Israël ou stockée en prévision d'un conflit élargi, l'Ukraine pourrait en subir les conséquences. « Si la guerre se prolonge, il y aura moins d'armes pour l'Ukraine. C'est critique, surtout en matière de défense antiaérienne », a insisté le président ukrainien. *Entre solutions alternatives et impasse diplomatique* Kiev tente de s'adapter. Zelensky a affirmé que son pays cherchait « différentes voies alternatives » auprès de pays du Moyen-Orient et d'Europe. Mais ces options restent incertaines. Aucun allié européen ne dispose actuellement d'une capacité de production comparable à celle des États-Unis pour ces missiles de haute technologie. En creux, cette situation révèle un paradoxe : plus les conflits se multiplient dans le monde – Ukraine, Gaza, Iran – plus les ressources stratégiques américaines s'éparpillent. Et chaque nouveau front affaiblit potentiellement les précédents. Pour l'Ukraine, le risque n'est plus seulement militaire. Il est désormais politique : celui de devenir une priorité secondaire dans l'agenda américain, reléguée derrière l'urgence moyen-orientale. Une position intenable pour un pays dont la survie dépend précisément de cette priorité. Par JP

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