vendredi 2 octobre 2026
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Carburant frelaté en Haïti : Me Arnel Rémy, l’avocat qui porte la voix des victimes face à l’inertie de l’État

LR
La Rédaction
Équipe éditoriale · il y a 1 jour
ls sont chauffeurs de taxi, motocyclistes, propriétaires de génératrices. Depuis environ deux semaines, ils achètent du carburant à la pompe et repartent avec des moteurs saccagés. Leurs recours ? Aucun, jusqu’à ce que Me Arnel Rémy décide de porter leur cause devant la justice. Ce mardi 29 septembre 2026, l’avocat a déposé une plainte au parquet de Port-au-Prince contre le ministre du Commerce et de l’Industrie, James Monazard, et les responsables du contrôle de qualité au sein dudit ministère, pour négligence et refus de protéger le droit des consommateurs. Une plainte qui dit tout haut ce que le peuple murmure « Aujourd’hui, nous venons déposer une plainte au parquet, contre le ministre du Commerce, et contre le directeur du contrôle de qualité qui est au sein du ministère du Commerce », déclare Me Rémy. Derrière cette formule, une réalité brutale : l’État savait. Des syndicats de transport avaient tiré la sonnette d’alarme dès le 15 septembre, rapportant des dommages sur les moteurs de voitures et de motocyclettes. Le Conseil consultatif de suivi du marché pétrolier avait même réclamé des contre-analyses à Varreux. Le ministère n’a réagi qu’en lançant des « vérifications » tardives et en créant une plateforme de doléances en ligne — une coquille vide pour des citoyens qui n’ont ni le temps ni les moyens de remplir des formulaires. Me Arnel Rémy : l’avocat qui ne se contente pas de plaider Ce n’est pas la première fois que Me Rémy s’érige en défenseur des sans-voix. À la tête du Collectif des avocats pour la défense des droits de l’Homme (CADDHO) et du cabinet Advocatus Law Firm, il a bâti sa réputation sur les causes impopulaires auprès du pouvoir : conditions carcérales déplorables, étudiants en lutte, journaliste emprisonné, déplacés abandonnés. Chaque fois, la même méthode : écouter, documenter, poursuivre. Aujourd’hui, il réclame des comptes sur un scandale qui touche des centaines de milliers d’Haïtiens. « Les consommateurs haïtiens sont des personnes, ils ont le droit de consommer tout ce qui est de bonne qualité », martèle-t-il. Une évidence que le ministère du Commerce semble avoir oubliée. Un ministère aux abonnés absents La Direction du contrôle de la qualité et de la protection du consommateur existe bel et bien. Elle dispose d’inspecteurs, d’un laboratoire et d’un mandat légal pour prélever des échantillons et sanctionner les contrevenants. Alors pourquoi le carburant frelaté a-t-il pu circuler librement pendant des semaines ? Pourquoi les syndicats ont-ils dû alerter les autorités avant que celles-ci ne daignent réagir ? La réponse tient en un mot : négligence. L’État n’a pas failli par accident. Il a failli par choix — celui de ne pas contrôler, de ne pas sanctionner, de ne pas protéger. L’urgence d’un sursaut La plainte de Me Rémy n’est pas une simple procédure judiciaire. C’est un rappel à l’ordre adressé à un État qui traite ses citoyens comme des variables d’ajustement. « Nous déposons la plainte, pour que le commissaire du gouvernement appelle le ministère, appelle le directeur du contrôle de qualité qui est au ministère du Commerce, pour qu’il puisse dire au peuple ce qui se passe », insiste l’avocat. Le message est clair : la justice doit forcer l’exécutif à rendre des comptes. Combien de moteurs faudra-t-il encore détruire avant que le ministère du Commerce ne fasse son travail ? Combien de familles devront s’endetter pour réparer une négligence d’État avant qu’une autorité ne se décide à agir ? Me Arnel Rémy, lui, ne s’arrêtera pas là. Parce qu’en Haïti, quand l’État abandonne, ce sont des avocats comme lui qui tiennent debout le droit des gens.

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